De l’utilisation des “triads” dans l’improvisation musicale dite “motivique”

Bonjour chez vous…

La finalité du musicien de jazz est d’exprimer une mélodie à travers une improvisation débridée.

Qu’il s’agisse des improvisateurs techniquement les plus fougueux ou des précurseurs et pionniers du jazz, un dénominateur commun apporte une cohérence à l’ensemble de la culture swing : la mélodie.

Après tout, le standard de Jazz n’atteint-il pas son universalité, lorsqu’il est finalement chanté dans le métro ou sifflé sous la douche ?

C’est que la mélodie soutient et renforce la marche harmonique et dans le même temps, la marche harmonique soutient et renforce la mélodie.

Comprendre et prendre conscience de la mélodie, c’est repérer les notes essentielles à la musicalité générale d’un morceau.
Les notes-cibles constituent la charpente de l’improvisation, elles guident et soutiennent le discours musical tout en assurant un facteur essentiel de musicalité.
La mélodie, le thème des standards ne sont qu’un agencement “élégant” de notes-cibles.
Il suffit d’analyser quelques instants le titre “All the things you are” pour s’en rendre compte.

Il existe différents types d’improvisations musicales. Jacques Siron en fait une analyse complète dans “La partition intérieure”.

L’improvisation motivique.

Il s’agit d’un mode d’improvisation basé sur l’emploi de motifs (petites cellules mélodiques et/ou rythmiques) comme matériel de jeu.

Le motif est un matériel universellement utilisé, dans beaucoup de styles de musique (tonale, modale, classique, jazz etc …). Il peut être employé avec des procédés aussi divers que la répétition, la transformation (rythmique et mélodique), la variation ou la combinaison d’intervalles…

L’aspect motivique n’est pas réservé à l’improvisation musicale, on le trouve dans de nombreux thèmes :
Le Boléro de Ravel est construit entièrement sur un motif rythmique qui se répète invariablement tout le long du morceau.
Le thème “Satin Doll” de Duke Ellington est constitué d’un motif transposé dans sa partie A et idem dans partie B avec un motif différent.
Plus proche de nous, et dans un tout autre style, Macéo Parker (avec toute la culture Groove/Funk qu’il véhicule), use et abuse de motifs rythmiques avec une redoutable efficacité.
Pour conclure, je citerai le pianiste qui à mon sens, représente le mieux l’aspect motivique dans ses improvisations : Thélonious Monk. Des thèmes comme “Well you needn’t”, “Blue Monk” ou encore “Epistrophy” ne sont “que” des motifs simples transformés mélodiquement et rythmiquement. 
Il en résulte ainsi un jeu un peu haché, décousu et répétitif qui peut sembler dénué de mélodie, ce qui a été reproché très longtemps à la musique de Monk.

Les “triads” constituent un matériau intéressant dans les cadre de l’improvisation motivique.

D’une part pour l’aspect rythmique. On peut plus facilement se focaliser sur la pulsation sans être “obsédé” par le choix des notes.
Concernant l’aspect mélodique, les mouvements créés sont quantifiables. Ceci est bon pour la mémoire auditive.

Dans un document récent, je vous exposais “les six permutations possibles dans chaque triade”.
Si vous avez ce document sous les yeux, je vous propose à présent de nous intéresser un instant à la direction mélodique des intervalles engendrés.

Pour mémoire
Directions mélodiques des triades

  • Première mesure (do-mi-sol) : le mouvement mélodique est ascendant.
  • Deuxième mesure (do-sol-mi) : mouvement mélodique brisé-ascendant.
  • Troisième mesure (mi-do-sol) : mouvement mélodique brisé-descendant.
  • Quatrième mesure (mi-sol-do) : mouvement mélodique brisé-ascendant.
  • Cinquième mesure (sol-mi-do) : mouvement mélodique descendant.
  • Sixième mesure (sol-do-mi) : mouvement mélodique brisé-ascendant.

Pour résumer, avec les “triads”, il n’y a que quatre directions mélodiques possibles. En conséquence, connaître et pratiquer ces quatre directions mélodiques dans les douze tons et dans les quatre couleurs (majeure, mineure, augmentée et diminuée) va développer chez vous une structuration mélodique plus précise.

Ce travail est passionnant et surtout très enrichissant. Il est adaptable à l’étude de grilles complexes où il y a de nombreux changements d’accords, mais il est aussi complémentaire à un travail sur les gammes.

Mais que va-t-il se passer si je m’autorise un quatrième son ?

C’est le concept de “triad + une note” développé par Jerry Bergonzi. Je vous présenterai prochainement des articles synthétisant les éléments clés de son approche.

Je vais ajouter une note à ma “triad”. Ce sera une note facile et accessible. La plus facile tant sur le plan technique, qu’au niveau de l’oreille. J’ai choisi l’octave.
Je vais pratiquer des permutations avec les degrés 1-3-5-1.

Le fait d’avoir à présent quatre notes va donner lieu à une plus grande variété de permutations, il y a à présent 24 permutations possibles.

Pour vous donner une petite idée de l’utilisation des “triads + 1 note”, qui sera ma nouvelle appellation, j’ai choisi de les pratiquer au piano.
C’est que le piano est un instrument complet qui possède de nombreuses vertus très utiles et surtout très complémentaires dans la pratique du saxophone et autres instruments mélodiques.
Le côté visuel est très pratique pour apprendre et retenir les notes qui composent les “triads”. De plus, l’utilisation de la main gauche apporte une stabilité rythmique.

Dans les exemples suivants, je suis parti sur un blues en do de base (le Chicago Blues), c’est à dire avec trois accords de septième de dominante (do, fa et sol).

Pour un vrai travail rythmique intéressant, j’ai calé ma main gauche sur différentes claves (la clave 3-2 et la clave 2-3). Pour la main droite, j’utilise uniquement des “triads + 1 note” (en l’occurrence l’octave, assez facile d’un point de vue technique instrumentale, ou encore la septième de dominante, note caractéristique du Blues et parfois la gamme Blues pour apporter un aspect plus linéaire au discours musical).

L’objectif étant de créer des motifs (rythmiques et/ou mélodiques) en temps réel au gré de mon chant intérieur (et de mon niveau technique). Motifs que je vais répéter, transformer, mélanger, opposer, renverser … avec toute une série d’objectifs tels que :
– suivre la grille,
– anticiper,
– jouer avec les notes communes de chaque “triad + 1 note”,
– pratiquer des approches chromatiques les plus “judicieuses” possibles,
– répéter des cellules rythmiques simples et courtes,
– créer un jeu de question/réponse avec une main gauche obstinément immuable,
– créer des mélodies …

Le tout en tâchant de prendre un maximum de plaisir.

Enjoy & Practice…

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Publié par Rachid Manou

Rachid Manou, compositeur, saxophoniste, improvisateur, pianiste, pédagogue. Je propose des techniques et astuces dans le domaine de l'improvisation musicale,

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