Pour en finir avec le travail des gammes dans l’improvisation musicale (1)

Bonjour chez vous …

Excusez moi pour avoir donné un titre aussi racoleur à cet article mais c’est tout ce que j’ai trouvé pour parvenir à mon objectif : attirer les plus curieux …

Au risque d’en décevoir plus d’un, il est clair qu’on n’en a jamais fini avec la pratique des gammes et ce quel que soit l’instrument et le style de musique envisagés.

Mais surtout n’en profitez pas pour me zapper …

Car ce qui nous sauve, c’est qu’il est couramment admis qu’il y a à peu près autant de manières de pratiquer les gammes qu’il y a de musiciens sur terre.

Il s’agit donc « simplement » de définir une direction de travail la plus rationnelle possible, avec une série d’objectifs clairement quantifiables et orienter cette direction en adaptant et en réajustant sans cesse au fil des objectifs atteints et des obstacles rencontrés.
Voici donc exposé le thème de cette nouvelle série d’articles autour de l’improvisation musicale.

On pourrait débattre des journées entières sur l’utilité des gammes dans la musique.
Pour certains excellents musiciens, il s’agit d’une chose futile et sans intérêt. C’est qu’ils ont développé au fil du temps une oreille particulièrement pointue et infaillible qui leur permet de jouer ou chanter des phrases très mélodiques par instinct au détriment d’une technique parfois « faiblarde ».
Pour certains autres musiciens, tout aussi talentueux, les gammes sont la base de leur jeu. Ils en usent et en abusent avec une virtuosité et une technique remarquables au détriment peut-être d’un sens mélodique « faiblard ».

Il n’est pas question de choisir un camp plutôt qu’un autre, il n’y a pas de catégorie supérieure ou inférieure car ces deux « extrêmes » sont le fondement même de l’improvisation musicale. Il s’agit plutôt de penser sa pratique des gammes comme un va et vient permanent entre ces deux « catégories ». Sans tomber dans la caricature facile, je dirais que Miles, Duke ou Thélonious mettaient parfois deux notes là où un Parker, un Coltrane ou un Cannonball en auraient mis cinq cent douze.

Pratique des gammes par opposition à travail des gammes, la nuance est très importante.

Dans travail, il y a une notion de rentabilité à court terme. Ne dit on pas que tout travail mérite salaire ?
Dans pratique, il y a plus une notion d’entraînement et d’entretien quotidien ainsi qu’une dimension plus « intellectuelle » pour tracer et trouver son propre cheminement à plus ou moins long terme.

Développer une pratique solide, quotidienne et orientée des gammes va vous mener à de réels progrès dans votre discours musical improvisé à condition de respecter les trois axes fondamentaux que sont l’aspect rythmique, aspect « dextérité » et aspect « mélodico-harmonique » des gammes.

Il existe une foule de livres, partitions, recueils et encyclopédies des gammes dans le commerce et très souvent d’excellente qualité d’ailleurs. Il s’agit de choisir ceux qui mettent en évidence le plus ces trois axes fondamentaux dans la pratique des gammes.

Pour faire court, car j’aurai bien sûr l’occasion de développer plus longuement au fil des articles et des exemples.

Développer l’aspect rythmique des gammes peut consister à se dire que l’on va pratiquer ses gammes exclusivement au métronome sur les temps un et trois (ou sur les temps deux et quatre), les pratiquer en triolets, en double croche, sur des mesures impaires, sur des claves etc…
Si vous avez quelques notions de MAO et que vous possédez un petit séquenceur, programmez-vous une pulsation originale qui sera plus agréable que le son austère du métronome.

Développer l’aspect « dextérité » des gammes peut consister à se dire que l’on va pratiquer le TTT (travail dans tous les tons). Dans un contexte d’improvisation, si vous êtes saxophoniste alto et que vous jouez un blues en Mi avec un guitariste, la magie de la transposition fera que vous vous retrouverez dans la tonalité de do# pour accompagner votre guitariste. Or, si vos doigts n’ont jamais parcouru le « chemin de do# » sur le saxophone, vous pourrez avoir les plus belles phrases du monde dans votre tête mais rien ne sortira de votre instrument.

Développer l’aspect « mélodico-harmonique » des gammes peut consister à se dire que l’on va pratiquer en excluant au maximum tout support visuel et privilégier le par cœur, puis progressivement l’instinct, les réflexes, les automatismes et finalement la mélodie improvisée. C’est aussi se dire que l’on va pratiquer les gammes dans des cycles particuliers ou des grilles « standards » pour apprendre à reconnaître auditivement la relation entre les accords. C’est par ce dernier aspect que je débuterai cette série d’articles.

Les gammes et leur pratique souffrent d’une mauvaise presse :
Dans la pensée collective elles sont associées à un enseignement de type conservatoire, enseignement du solfège, méthode classique, scolaire, longue et ennuyeuse. Il faut tordre le cou à ces conceptions (parfois justifiées) et envisager sa pratique autrement. C’est à chacun de trouver sa méthode pour garder et entretenir l’appétit, la motivation et surtout la curiosité.

La curiosité en effet joue un grand rôle dans cette affaire. Les pianistes et les guitaristes (instruments harmoniques) sont constamment curieux de savoir comment enchaîner tel accord avec tel autre. Ils les renversent, les superposent, les mélangent, les assemblent avec frénésie de façon à trouver une suite logique et cohérente.

Le processus est rigoureusement le même dans le cadre de l’improvisation musicale mélodique sauf qu’il faut revenir à un niveau microscopiqueles intervalles, c’est-à-dire la distance qui sépare les sons.

On peut savoir par cœur qu’un intervalle de quarte est composé de deux tons et demi, qu’un intervalle de quinte est composé de trois tons et demi ou qu’un intervalle de seconde mineure est composé d’un demi ton. Mais si vous fredonnez des « standards » tels que « La Marseillaise », le thème du film « Star wars » et le thème « The Pink Panther », vous retrouvez et retiendrez plus facilement les intervalles cités plus haut.

En effet « La marseillaise » débute par un intervalle de quarte : « Allons z’enfants de la patriiiiiie … ».C’est dans les mots « allons z’enfants » que se trouve l’intervalle de quarte. Cet intervalle est unique et inimitable. Remplacez le par un intervalle de tierce majeure ou de quarte augmentée, ses plus proches voisins (inférieurs et supérieurs), ça ne fonctionne absolument pas avec le reste de la mélodie. C’est une fausse note ou une interprétation volontaire,  raisonnée et tout à fait personnelle.

« Star wars » débute par un intervalle de quinte juste : « Tinnnnn … tinnnnn …… tin tin tin tin …tinnnnnnnn ……. Tin …. ». Cet intervalle de quinte juste n’a pas été choisi au hasard par le compositeur. C’est un intervalle stable, triomphant, joyeux, victorieux et facilement mémorisable. Si vous connaissez un peu le film, comptez le nombre de fois où on entend le thème et surtout à quel passage du film … Notez que cet intervalle est en général « réservé » au bassiste dans un groupe.

« The Pink Panther » débute par un intervalle de seconde mineure : « Da … ou,  da … ou, da … ou … da … ou … » (excusez mon chant quelque approximatif …). Cet intervalle de seconde mineure est le plus petit intervalle possible (dans notre musique occidentale), il évoque, le mystère, le tâtonnement, la curiosité et l’étonnement. Encore une fois le choix du thème pour cette série n’est pas innocent…
Car rencontrer des panthères noires, c’est assez courant … Surtout dans les Sofitel newyorkais, elles sont en général femmes de ménage, DSK vous en parlera bien mieux que moi prochainement… Mais des panthères roses ! Alors là moi je n’en ai encore jamais vu …

Dans le cadre de l’improvisation musicale, il faut constamment nourrir et entretenir cette curiosité par rapport aux intervalles, comme le font les guitaristes et les pianistes lorsqu’ils cherchent une suite d’accords.

« Je pars d’une fondamentale, je monte de deux tons, je redescends d’une tierce majeure pour sauter d’une quinte etc …, qu’est ce que cela va donner ? Quel intervalle faut –il remplacer ?  ». Nous sommes là à un niveau microscopique. Comment assembler et réorganiser ces intervalles de manière raisonnée (et/ou improvisée) sans sonner trop gamme ?

Tout comme dans la voix parlée : nous nous exprimons avec des mots choisis,  cohérents, intelligibles. Il y a aussi un ordre établi dans le discours : sujet, verbe, complément …

Le souci dans l’improvisation musicale c’est que tout se passe en temps réel.

La phase d’auto-analyse et d’autocritique est impossible à déployer lorsque l’on est en action et elle n’est même pas souhaitable d’ailleurs. Car il faut laisser place à l’instinct, au réflexe, au hasard, à l’interactivité avec les autres musiciens et le public, à l’émotion, à la musicalité … A ce stade, une connaissance « précise » des intervalles est un atout précieux.
Les sauts de notes dans une mélodie improvisée ne seront plus uniquement le fruit du hasard mais de mieux en mieux raisonnés et maîtrisés. C’est cet aspect là qu’il faut (à mon sens) privilégier dans la pratique quotidienne des gammes.

L’exercice que je vous propose est un classique. Néanmoins il à la particularité de nous faire entrer inconsciemment dans la notion de « modes ».

Les modes ?
Petit définition rapide : si vous jouez une gamme qui va de la note ré au ré supérieur, vous êtes dans la gamme de do majeur mais vous êtes aussi sur son deuxième degré (que l’on appelle mode dorien de ré). Idem si vous partez de sol jusqu’au sol supérieur, vous serez toujours en do majeur mais sur son cinquième degré (que l’on appelle mode myxolydien de sol).

Si vous analysez bien les couleurs engendrées, vous constaterez qu’il n’y a qu’un lointain rapport avec do majeur. Toutefois ces modes ont leur couleur particulière, il s’agit « juste » d’articuler ses phrases mélodiques avec de nouveaux points de repère, mais en utilisant uniquement les notes de la gamme de do majeur dans mon exemple.

Ces modes sont au nombre de sept (car il y a sept notes dans la gamme dite « heptatonique »), ils portent des noms grecs à coucher dehors. Vous les retrouverez dans n’importe quel bouquin sérieux d’harmonie…

Nous avons donc 12 gammes majeures qui engendrent chacune 7 modes, cela nous fait un total de 84 modes dans le système majeur.

L’exercice que je vous propose permet de jouer ces 84 modes, à condition bien sûr d’explorer les douze tonalités.

Il y a toutefois un inconvénient à cet exercice…Il reste digital. C’est-à-dire qu’au départ vous n’entendrez pas forcément comment sonne chaque mode isolément, vous penserez globalement do majeur mais peu importe. L’important c’est que vos doigts explorent tous les modes le plus souvent possible. Plus tard  lorsque vous allez commencer à extraire tel ou tel mode de son contexte pour le placer dans une suite d’accords donnée, vos doigts connaîtront « le chemin » et votre oreille s’adaptera aisément.

Je vous prépare ce petit menu croustillant pour mon prochain article …

Enjoy & Practice…

 

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